La Chapelle Protestante de Veyrier

La chapelle protestante de Veyrier, située à l’entrée du village, au pied du Salève, doit son existence à Antoine Martin. En 1880, celui-ci offre un terrain et finance la construction d’un édifice sobre et élégant, conçu par l’architecte Charles Gampert. Les murs de calcaire blanc et jaune, contrastant avec les ardoises noires de la toiture, caractérisent l’édifice. Une cloche, fondue à Genève en août 1880, porte l’inscription « Chapelle Protestante Veyrier 1880 ».

Le dimanche 15 mai 1881, l’inauguration attire une foule nombreuse : 150 personnes peuvent prendre place à l’intérieur, tandis que les autres se rassemblent autour du bâtiment. Le pasteur Charles Martin prononce le sermon, s’appuyant sur le Psaume 100, verset 2 : « Servez l’Eternel avec joie, venez avec allégresse en sa présence ».

Les premières années, les cultes se tiennent principalement les dimanches d’été, pour les habitants de Veyrier et les randonneurs qui montent au Salève.Le 7 mai 1893, Antoine Martin fait don de la chapelle à l’Église nationale protestante de Genève. Dès lors, les cultes sont organisés sous l’autorité du Consistoire.

Quatre grands livres d’archives, conservés par la paroisse de Troinex-Veyrier, documentent avec précision l’histoire de la chapelle : dates des cultes, noms des prédicateurs, textes bibliques choisis, actes pastoraux (baptêmes, mariages, funérailles), et parfois même les chants ou les participants. Ces registres témoignent d’une grande diversité : plus de 600 prédicateurs, originaires de Genève, de Suisse, mais aussi d’Europe, d’Amérique ou d’Afrique, sont intervenus dans cette chapelle. On y trouve des pasteurs, des étudiants en théologie, des missionnaires, mais aussi, à l’occasion de célébrations œcuméniques, des prêtres catholiques.

En 1952, la paroisse de Troinex-Veyrier est créée, distincte de celle de Carouge. Les cultes deviennent plus réguliers, et en 1982, une alternance entre Troinex et Veyrier est mise en place. La chapelle accueille également des célébrations œcuméniques, comme la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, ainsi que des communautés étrangères, notamment danoises (pour la Saint-Jean) et camerounaises.

Au fil des décennies, la chapelle s’enrichit. En 1937, les frères Charles et Jacques Wasem réalisent la mosaïque du porche. En 1948, ils installent six vitraux représentant des scènes bibliques, initialement prévus pour la chapelle d’Anières. L’année suivante, Jacques Wasem achève la rosace « La Persévérance », au-dessus du porche d’entrée. En 1966, l’harmonium est remplacé par un orgue, construit par J. Neidhart et G. Lhôte. Plusieurs organistes se sont succédé, accompagnant les cultes et les concerts. En 1981, des locaux paroissiaux sont construits, et en 1989, un chœur, éclairé par trois vitraux modernes de Françoise Bolli, relie la chapelle à ces nouveaux espaces. La chapelle peut désormais accueillir jusqu’à 220 personnes.

En 2005-2006, d’importants travaux de restauration sont réalisés pour assurer l’étanchéité des toits, assainir les murs et rétablir des éléments architecturaux d’origine. En mai 2006, pour célébrer les 125 ans de la chapelle et sa réouverture, un concert pour les 40 ans de l’orgue, un culte et un repas sont organisés.

Aujourd’hui, la chapelle protestante de Veyrier reste un lieu de rassemblement où se croisent histoire, art et vie communautaire. Son histoire est celle de l’engagement d’Antoine Martin, du travail d’artisans et de la participation de générations de paroissiens qui font de ce lieu un vivant témoignage de la foi protestante réformée.

Jean Biondina

Source: COLLECTIONS DU CENTRE D’ICONOGRAPHIE DE LA VILLE DE GENÈVE